Une anche passe : revue de presse : concerts

Port d'attache   |    Serpent d'étoiles   |    Nigriz   |   Entre Tarentelle et Sardane   |    Le Grand Troupeau   |    Concerts

LIBERATION / 7 Décembre 2001

Anches de vie

Planètes musiques
Ce soir à 20h30, Une Anche passe et Lambros Karaferis
, la Maroquinerie, 23 rue Boyer - Paris XXe

Ils sont huit, parfois quatorze, voire plus encore.Tout dépend des invités qui les rejoignent pour souffler dans tout ce qu'ils trouvent. Une Anche Passe, groupe ébouriffant, est au centre d'une soirée du festival Planètes musiques, sous-titrée Roseaux en vibration. Un culte à l'anche ce bout de roseau surmonté d'un bec qui vibre entre les lèvres quand on souffle dedans. C'est l'ancêtre sans âge du hautbois et de tout ce qui en découlera. La famille s'est élargie et l'instrument s'est appelé clarinette, piffero, gralla, klarino, tible, taragot, zorna, ghaïta... il court tout le bassin méditerranéen, jusqu'aux confins du Caucase et de l'Oural. C'est donc l'emblème de cette formation réunie en 1990 autour des Languedociens Laurent Audemard et Alain Charrié. Leur initiative a fait école depuis. Une Anche Passe est l'un des groupes vedettes du monde des traditions renouvelées de l'Hexagone, que l'orchestre sillonne régulièrement. Non ce n'est pas franchement de la world, encore moins du folklore, mais une musique identitaire à chaque fois enrichie par la curiosité d'aller voir ailleurs. Après une multitude de croisements, Une Anche passe joue cette fois avec Lambros Karaferis (présent sur l'album Nigriz qui sortira en janvier), ambassadeur du klarino, clarinette traditionnelle de l'Epire, région du Nord-Ouest grec ou l'identité n'est pas un vain mot quand elle s'est libérée en 1913 de cinq siècles de domination ottomane grâce à la révolte des montagnards surnomés kléphts, les voleurs. une Anche Passe est aussi allé "voler" un autre air, celui du catalan Jordi Figaro qui rejoint la bande avec sa longue tenora.

Ici, les instruments rejouent à leur manière romances anciennes, épopées légendaires, mythes, ferveur religieuse, nostalgie de l'exil des pays d'oc et d'oîl, interprétant aussi bien Manuel de Falla que Bartok, Nino Rota que Brassens. Souvent les rythmes soutenus du groupe annoncent cet apaisement qui survient toujours après la frénésie. L'anche devient berceuse comme une douce brise.

Bouziane Daoudi

LA VENGUARDIA / 20 setembre 1997

Un ange est repassé à Vic lors de la clôture du Mercat de Música viva

Voilà à peu près deux ans que le Mercat de Música Viva nous offrit l'opportunité d'écouter, un tant soit peu, le groupe Une Anche Passe.

Alors que les échos de ce sensationnel concert ne s'étaient pas encore évanouis, le retour à Vic de ce très grand orchestre occitan méritait une impérative visite, envers et contre tout.

Le dimanche, en matinée, et après deux journées épuisantes dues à l'importance du programme du festival, nous avons assisté à ce concert pour six hautbois, cinq cuivres et percussions. Avec Dumitru Dobrican - grand soliste de cet instrument à vent roumain qu'on appelle taragot - la prestation s'organisa autour de sardanes, de morceaux classiques - Falla et Bartòk -, de marches processionnaires et d'arrangements jazz.

Musique de hautes spères, mais constamment liée à la terre, qui cherche la parenté, les affinités entre les timbres du taragot roumain, du hautbois languedocien, du piffero italien, de la tenora et du tible catalans.

Une fois encore, par ce concert inoubliable, le groupe Une Anche Passe a démontré qu'il était possible de donner un éclat nouveau et contemporain à des sonorités et à des instruments traditionnels.

Karles Torra

LE MONDE / 13 décembre 2001

Les roseaux d'Une Anche Passe enchantent "Planètes Musiques"
A La Maroquinerie, le 7 décembre. 23, rue Boyer, Paris-20e

Planètes Musique, ce fut d'abord un guide annuaire des musiques traditionnelles et de la world conçues en france (publié en 2000 par l'IRMA - Centre d'information et de ressources pour les musiques actuelles). C'est désormais également un festival, imaginé par la Fédération des associations de musiques et de danses traditionnelles, coréalisé avec la Maroquinerie, où se déroulent les concerts. Public et musiciens sont unis autour de la même cause: les musiques traditionnelles d'aujourd'hui, nourries de résonnances anciennes mais empruntant des chemins de liberté tels qu'elles en deviennent passionnément contemporaines.

Cette année, le programme s'organise et s'aménage autour de thèmes transversaux. Sous-titré "Roseaux en vibration", le concert du 7 décembre présente deux formations musicales centrées autour des instruments à anches. En ouverture, le percussioniste fin et sensible Youval Micenmacher développe un dialogue intimiste avec les trois clarinettistes du Doumka Clarinet Ensemble. Entre un thème d'inspiration hébraïque et une relecture de mélodie roumaine, les souffles se croisent, se densifient ou s'amenuisent jusqu'au murmure, portés par l'éloquence rythmique des peaux.

Au sein du groupe Une Anche Passe, qui investit la scène dans la seconde partie de la soirée, il y a aussi un tricoteur de rythmes d'une faconde intarissable. Denis Fournier a joué en compagnie d'Henri Texier, Barre Philips, Mal Waldron, Claude Barthélémy, Archie Shepp. C'est un homme du jazz, un langage parfois sous-jacent, voire très explicite dans la relecture des musiques traditionnelles de cette formation d'anches et de cuivres de la Méditerranée.

Formée en 1990 autour du clarinettiste Laurent Audemard, Une Anche Passe se propose à l'origine de réunir les hautbois de tout le bassin méditerranéen, comme le piffero ou la tenora. L'idée évolue. Le trait d'union relie bientôt instruments à anches doubles ou simples. Quant au répertoire, au départ axé sur les musiques traditionnelles du sud de la France, il lorgne désormais vers d'autres traditions.

Le programme du concert présenté à la Maroquinerie reprend en partie celui d'un album à paraître en janvier, Nigriz (Buda Records), conçu essentiellement autour de traditions grecques, notamment celle de l'Epire que connaît sur le bout des doigts Lambros Karaferis, natif du coin. Invité d'Une Anche Passe, celui-ci est un virtuose du klarino, la clarinette traditionnelle épirote. La musique traverse toute la gamme des sentiments. L'émotion culmine lorsque Lambros Karaferis, seulement accompagné d'un bourdon de clarinette basse (Laurent Audemard), déroule un poignant mirolï, une musique de lamentation sur laquelle on aime pleurer dans les villages de l'Epire.

P. Labesse

LA VENGUARDIA / 2 octobre 1994

Un ange est passé

Le groupe occitan Une Anche Passe fut la grande révélation du "Marché de la Musique" de Vic

L'alliage tradition-jazz du groupe Une Anche Passe, se fond par alchimie, comme l'or pour donner une musique nouvelle d'essence méditerranéenne. La phrase de Paul Klee : "il est bon de conserver une tradition mais il est mieux d'en inventer une nouvelle" convient parfaitement à la démarche de cet octuor d'admirables musiciens languedociens. Leur prestation de haut niveau sur la Plaza dels Martirs, mit la barre très haut dans cette 6ème édition du Marché marqué par son ouverture sur les autres pays catalans: Majorque, Valence, et sur l'Occitanie.

En outre il convient de dire que la musique d'Une Anche Passe peut-être jouée aussi en salle de concerts, que sur un podium lors d'une grande fête, ou qu'en pleine nature lors de réjouissances champêtres.

Selon les dires toujours fiables du Maître Organisateur(qui me conduisit par la main découvrir cette merveille), les prestations du groupe (jusque dans des contrées reculées) sont nombreuses de l'autre côté des Pyrénées. L'union d'instruments à sonorité classique comme les tubas où les hautbois, avec la tonalité jazz des saxes et la touche traditionnelle du piffero et du tible, a donc atteint avec le temps des résonances sublimes.

Nous trouverions peu de groupes, dans le panorama "métissé" actuel, aussi délicats, perfectionnistes et originaux qu'Une Anche Passe.

Karles Torra