Une anche passe : Le Grand Troupeau : revue de presse

Port d'attache   |    Serpent d'étoiles   |    Nigriz   |   Entre Tarentelle et Sardane   |    Le Grand Troupeau   |    Concerts

CHORUS / Octobre 2000

Le Grand Troupeau
Une suite de chansons et de musique instrumentale, inspirée par l'oeuvre de Giono

Voilà ce que l'on peut appeler un disque formidable! Un disque à la fois utile et beau. Beau parce que le projet lui-même était déjà un projet magnifique. Parce que le spectacle fut une franche réussite, et que réduit aux 70 minutes d'un enregistrement, il conserve toute son émotion. Et utile, bien sûr, parce que rien de ce qui s'éléve contre la guerre, avec autant de conviction, de dignité et d'intelligence de coeur, ne saurait être vain, à l'heure où le pacifisme n'est plus qu'une valeur "ringarde".

Soldat du Grand troupeau de 1914, Giono s'est élevé de toutes ses forces contre l'idée même de la guerre. De toutes les guerres... Au point de le payer de sa propre liberté en 1939 et 1945. Le procès d' intention qu'on lui fit alors est de même nature que celui que l'on fit à Jaurès.

De même nature que ceux faits à Monthéus, à Brassens ou à Brel, dont les chansons n'avaient pas l'heur de plaire aux milieux bellicistes, et que l'on retrouve, ici, interprétées (en public) avec une intensité peu ordinaire par Patrick Riguelle et Koen de Cauter. Le tout sur des arrangements magnifiques (signés pour la plupart par Laurent Audemard), où le Nord et le Sud s'épousent au fil des mélodies et des chansons.

Marc Robine

LE MAGAZINE DE SAINT-PIERRE-ET-MIQUELON / Avril 2002

Découverte disques : Une Anche passe, Le Grand Troupeau

Est-ce à cause de la folie des hommes ? En ce dimanche 14 avril 2002, je me suis laissé emporter par "Le Grand Troupeau", "une suite de chansons et de musique instrumentale inspirée par l'ouvre de Jean Giono".

Une oeuvre musicale digne de figurer dans toute discothèque pour qui aime la beauté du hautbois, de la clarinette, du saxophone et du violon, notamment, la mise en forme d'un CD à travers une thématique, la profondeur des textes et l'engagement pour la paix.

Quatorze musiciens dont Laurent Audemard, maître de la clarinette et du hautbois, connu pour être venu à Saint-Pierre en tant que musicien de Marc Robine, en 1997 et en 2001, et chargé également ici de la direction musicale ; huit Français, du groupe, six Flamands, réunis pour rendre hommage à Jean Giono, "avocat du pacifisme". "La guerre est inutile, disait-il, c'est à dire elle n'offre aucune solution et elle est en tout contraire à la vie".

Le concert s'ouvre avec une fête populaire du temps des grandes transhumances, des grands troupeaux au sein d'une Europe rurale aux portes de 1914. Joie, rythme des saisons, farandole. Puis la déchirure, le dessein du Grand Troupeau humain déchiré par l'horrible première guerre mondiale. En tout, cinq mouvements, de la fête de la Saint-Jean en ouverture, au retour à la vie. Entre les deux, l'allégorie du troupeau, puis la guerre et les traces indélébiles dans les mémoires.

Musique, chansons pour porter l'âme humaine et l'horreur de la folie. Comment ne pas penser à la catastrophe humaine de la Palestine en ce printemps 2002? Veut-elle rivaliser avec toutes celles qui auront infligé ailleurs dans le monde la souffrance et l'insupportable haine? N'avons-nous donc rien appris ?

Musique provençale traditionnelle, chansons de Bruant, Montéhus, Jean Sablon, Jacques Brel et Georges Brassens, sarabande de Händel, portent la joie et la douleur, vers un espoir qui "réapparaît obstinément".

Et l'on se trouve emporté par la force de la musique dès la première seconde, dans une intense vibration au sein de l'aventure humaine. "Pourquoi les monuments / Qu'offriront les défaites / Les phrases déjà prêtes / Qui suivront l'enterrement / Pourquoi l'enfant mort-né / Que sera la victoire / Pourquoi les jours de gloire / Que d'autres auront payés / Pourquoi ces coins de terre / Que l'on va peindre en gris / Puisque c'est au fusil / Qu'on éteint la lumière" (Jacques Brel, La Colombe).

Que la musique est forte, dans la nuit, pour redonner l'espoir encore ! Bel hommage au "Grand Troupeau" assurément, pour nous rappeler la nécessaire sagesse qui seule peut vivifier nos lendemains.

Henri Laffite