Une anche passe : Serpent d'étoiles : revue de presse

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DOC D'OC / Octobre-Décembre 1997

Une comète passe

Les 10e journées de la danse traditionnelle, organisées par le conservatoire occitan de Toulouse, affichent un programme alléchant d'ateliers et de spectacles(rens.05 61 42 75 79). Le 29 octobre à Colomiers (Haute Garonne), le groupe Une Anche Passe est invité à présenter, pour la première fois en public, les musiques de son nouveau CD Serpent d'étoiles. Ce concert partira ensuite en tournée, labellisé par le programme européen kaleïdoscope. La formation aligne six hautbois - cousins de Roumanie (Dumitru Dobrican au taragot) d'Italie (Stefano Valla au piffero), de Catalogne (Vincent Vidalou au tible et Jordi Figaro à la tenora) et du Languedoc (Alain Charrié et Laurent Audemard aux hautbois languedociens) - ainsi que cinq cuivres et autres percussions. L'odyssée musicale du groupe, qui veut réunir les hautbois du pourtour méditerranéen, se poursuit donc allègrement.

Ce quatrième album, à l'inspiration céleste et raffinée, salue le passage de la belle comète Hale-Bopp et en fait le symbole du rapprochement des hommes par la musique. Pari séduisant mais un peu fou, que Laurent Audemard et ses acolytes tiennent à la force d'une passion et d'une opiniâtreté inébranlables. Une création à grande échelle (par ses ambitions artistiques, le nombre des musiciens mobilisés et leurs origines géographiques) ne va pas sans difficultés d'organisation et de financement. Les 23 morceaux de cette session - avec l'éminent soliste de l'Ensemble Transylvania, Dumitru Dobrican - ont été enregistrés en un temps record.

Comme un voyage inter-planétaire, cette quête d'harmonie, entre les notes des instruments et les traditions musicales de différents horizons, se fixe pour but la recherche d'espaces nouveaux. les musiques de Béla Bartok ou Manuel de Falla, les traditionnels roumains, italiens ou catalans: autant de "traces" à emprunter, de chemins ouverts pour accéder à l'original et à la nouveauté. Pour Une Anche Passe : l'important est le dialogue: entre le passé et le présent, entre la tradition et l'invention, entre le travail d'ensemble et le phrasé des solistes, mais aussi entre les genres musicaux qu'on a coutume de distinguer, voire d'opposer. Traditionnel, classique, jazz et même rap ("Charter pour Hale-Bopp"), tout au long de ce Serpent d'étoiles , se marient avec une fluidité qui fait du bien aux oreilles.

MIDI LIBRE / Février 1998

Tous les hautbois du monde...
Excitante richesse de "Serpent d'étoiles" par Une Anche passe

Quand, à l'image des bergers de tout l'univers méditerranéen, on passe des saisons entières sous la Voie lactée, la vision qu'on se fait du monde, au moment de le chanter, ne saurait en être exempte. Il y a de cette métaphore, qui éléve le sens, dans le titre du dernier album paru d'Une Anche Passe : "Serpent d'étoiles". Un disque qui a donc moins d'ancrage géographique que le précédent (Port d'attache).

Toutes ces considérations ne sont pas anodines sur le plan musical. On sait qu'Une Anche Passe est né autour d'Alain Charrié et Laurent Audemard, de la relance - et modernisation technique - du rustique hautbois languedocien, alors agonisant. Son ouverture au monde fut d'abord en cause.

Dans Serpent d'étoiles, c'est Dumitru Dobrican, un Roumain joueur de taragot, qui rejoint les Languedociens, mais aussi les musiciens de cobles catalanes Vincent Vidalou et Jordi Figaro sur leurs tibles et tenores ; et encore l'Italien Stefano valla sur son piffero. Tous ces instruments cousins, dans leurs variantes régionales et historiques.

Serpent d'étoiles comprend notamment des adaptations, à la lumière d'un jazz très libre, d'oeuvres de Manuel de Falla d'un part, Bela Bartòk d'autre part. Ainsi semble indiquée désormais, sur le plan purement musicologique, une référence particulièrement convaincante de dépassement des fonds traditionnels dans une perspective universaliste.

De fait, à l'oreille, ce disque recèle de fantastiques richesses de compositions et d'adaptations, toutes en excitantes spéculations et digressions. Vraies créations très au-delà de la salade des bonnes volontés world.

Gérard Mayen

LES TOMBÉES DE LA NUIT / Rennes 1999

Hautbois et cuivres de Méditerranée par Une Anche Passe

"C'était une nuit extraordinaire. Il y avait eu du vent, il avait cessé et les étoiles avaient éclaté comme de l'herbe. Elles étaient en touffes avec des racines d'or, épanouies, enfoncées dans les ténèbres et qui soulevaient des mottes luisantes de nuit. Jourdan ne pouvait pas dormir..." (Jean Giono).

Et que ma joie demeure... Une Anche Passe offre un récital à Giono, aux bergers, aux gens d'en-haut, de transhumances et autres voyageurs que nous sommes. Voilà dix ans que le groupe s'est formé, enraciné à Sète, réunissant dans une sympathique connivence, duex Catalans, un Génois, un Roumain, huit Languedociens. Sous la direction de Laurent Audemard, l'ensemble entend restituer, à qui de droit, cette fabuleuse richesse populaire. Ce soir, nous avons rendez-vous avec l'Europe des diversités. L'identité du groupe se fonde sur le hautbois languedocien mais fait la part belle à la grande famille des instruments à anches : clarinettes, piccolo, saxophone, tuba et autre piffero italien. Leur spectacle Serpent d'étoiles est une constellation de sonorités d'Italie, de Ligurie, de Catalogne, de Transylvanie, d'Occitanie où se mèlent tradition et modernité; une myriade de sardanes, de coblas, de carnavals, de processions, de rituels sacrés ou chants de fêtes dans lesquels solos, duos répondent aux tutti d'orchestre. Un univers teinté de milliers de couleurs et d'humeurs sonores. Saviez-vous que les bergers nomment la Voie Lactée, le "Serpent d'étoiles" ?

"Elle se dit : tout à l'heure je monterai sur la charette de blé et nous partirons dans la nuit. Tout doucement. Ca durera longtemps. Le ciel est déjà plein d'étoiles..."(Jean Giono, Que ma joie demeure).